Un maine coon polydactyle est un chat né avec plus de doigts que les dix-huit habituels : cinq à chaque patte avant, quatre à chaque patte arrière. Un doigt de plus ici, deux là, parfois sur les quatre pattes. Ce n'est ni une maladie ni un accident de fabrication : c'est un trait génétique aussi vieux que la race, documenté par les registres félins et expliqué par la science. À la chatterie Hugcoon, à Nice, nous avons choisi de lui redonner sa place. Voici son histoire, sa génétique, ses différentes formes, et ce que disent les livres d'origines.
Né dans les fermes du Maine, embarqué sur les bateaux
Le maine coon descend des chats de ferme de Nouvelle-Angleterre, croisés avec des chats arrivés par bateau avec les immigrants européens : c'est l'histoire que raconte le standard officiel de la race. Et sur ces fermes comme sur les quais, les chats à doigts surnuméraires étaient partout. Les marins du XIXe siècle les embarquaient volontiers : d'excellents chasseurs de souris, réputés plus stables sur un pont qui tangue, et porte-bonheur par-dessus le marché. Débarqués à Boston puis répandus dans les ports de Nouvelle-Angleterre, ils se sont mêlés aux chats locaux qui allaient devenir la race.
Résultat : selon les associations de la race, jusqu'à 40 % des premiers maine coons étaient polydactyles. La légende locale veut que leurs larges pattes leur servaient de raquettes dans la neige du Maine. Puis les expositions félines ont fixé un standard à dix-huit doigts, les éleveurs ont écarté le trait pendant des décennies, et il a bien failli disparaître. Il revient aujourd'hui, porté par des éleveurs qui y voient ce qu'il est : un morceau d'histoire de la race.
Les chats d'Hemingway
Si les chats polydactyles ont un ambassadeur, c'est Ernest Hemingway. Un capitaine de navire lui offrit une chatte blanche à six doigts, Snow White ; ses descendants vivent toujours dans la maison-musée de l'écrivain à Key West, en Floride. Le musée héberge une soixantaine de chats : la moitié environ porte des doigts en trop, et tous portent le gène. Aux États-Unis, « Hemingway cat » est simplement devenu le surnom des chats polydactyles.
Pourquoi ce n'est pas une tare : ce que dit la science
La polydactylie du maine coon a été étudiée de près, notamment par une équipe française de l'école vétérinaire. Ce que ces travaux ont établi tient en trois points.
Le mécanisme est connu. Le nombre de doigts se décide très tôt dans l'embryon, sous le contrôle d'un gène nommé Shh et de son interrupteur de région, le ZRS. Des mutations ponctuelles de cet interrupteur prolongent le signal « fabrique des doigts », et un doigt supplémentaire se forme, complet, avec son os, son coussinet et sa griffe. La plus célèbre de ces mutations porte un nom : la mutation « Hemingway » (Hw), identifiée chez les chats de Key West et retrouvée chez une partie des maine coons polydactyles. Fait étonnant : dans certaines lignées, les chercheurs n'ont trouvé aucune des mutations connues, preuve qu'au moins un autre gène produit le même trait.
La transmission est simple. Le trait est dominant : un seul parent polydactyle suffit pour que des chatons naissent polydactyles, environ la moitié d'une portée en pratique. Sa pénétrance est dite incomplète, et c'est un détail savoureux : un chat aux pattes parfaitement normales peut porter la mutation et donner des chatons à doigts surnuméraires. Le musée Hemingway en est la démonstration vivante.
La santé ne paie aucun prix. Les radiographies de dizaines de maine coons polydactyles ont comparé leurs membres à ceux de chats ordinaires : le radius est identique, la démarche aussi, et l'étude conclut à l'absence de conséquence sur le bien-être de l'animal. La polydactylie du maine coon est dite « non syndromique » : le doigt en plus vient seul, sans rien d'autre dans ses bagages. Elle n'a rien à voir avec l'hypoplasie radiale, une affection distincte qui touche l'avant-bras et que les éleveurs sérieux savent reconnaître et écarter.
Moufle, raquette : les différents types de polydactylie
Chez le maine coon, les doigts supplémentaires poussent presque toujours du côté interne de la patte, celui du pouce. Les vétérinaires distinguent deux allures :
La patte en moufle (« mitten paw ») : le ou les doigts en plus forment un pouce séparé du reste, comme le pouce d'une moufle. C'est la forme la plus recherchée, celle qui donne aux chats l'air de porter des gants de boxe.
La patte élargie (« patty foot ») : les doigts supplémentaires s'alignent avec les autres, et le pied devient simplement plus large et plus rond, en raquette de neige.
Un chat ordinaire a dix-huit doigts. Un polydactyle en porte souvent vingt à vingt-quatre, jusqu'à sept par patte. Le record du monde homologué par le Guinness est de vingt-huit doigts : Jake, un chat canadien, le détient depuis 2002, rejoint en 2025 par un chaton du Michigan nommé Toby. Chaque doigt du record est complet, os, griffe et coussinet compris.
P, PP, 6666 : décoder les annonces de maine coon polydactyle
Les annonces d'éleveurs ont leur langage, et il déroute au premier regard. Deux codes à connaître :
P et PP : la convention accolée au nom du chat. « P » signale un chat polydactyle (souvent des pattes avant seulement) ; « PP » désigne un polydactyle des quatre pattes. C'est un usage d'éleveurs, pas une mention officielle du pedigree.
Les quatre chiffres, du type « maine coon PP 6666 » : c'est le compte de doigts, patte par patte. Les deux premiers chiffres sont les pattes avant, les deux derniers les pattes arrière. Un chat ordinaire s'écrirait 5544 (cinq doigts à chaque patte avant, quatre à chaque patte arrière, dix-huit en tout). Ainsi :
· 6666 : six doigts à chaque patte, vingt-quatre en tout ;
· 6655 : six doigts aux pattes avant, cinq aux pattes arrière, vingt-deux en tout ;
· 7766 : sept doigts devant, six derrière, vingt-six doigts, à deux du record du monde.
Ce compte se vérifie simplement : les doigts se voient et se palpent, et le vétérinaire les note au premier examen. Une annonce sérieuse vous laissera compter vous-même.
LOOF, TICA : ce que disent les livres d'origines
En France, un maine coon polydactyle a un pedigree LOOF à part entière : la polydactylie n'empêche ni l'inscription ni l'élevage. En exposition, en revanche, le standard la classe en « refus de tout titre » : le chat peut être présenté, il ne sera pas titré. Outre-Atlantique, la TICA est allée plus loin : depuis le 1er mai 2015, le Maine Coon Polydactyl concourt en championnat, dans le groupe de race MC/MCP, aux côtés de son cousin à dix-huit doigts. Les fédérations divergent ; le chat, lui, reste le même. Chez les éleveurs, une convention s'est installée : accoler « P » ou « PP » au nom des chats polydactyles, comme le porte notre Aribo.
Un soin particulier ? Les griffes, et c'est tout
Côté entretien, le polydactyle est un maine coon comme les autres, à un détail près : les griffes des doigts supplémentaires, celle du pouce surtout, s'usent moins au grattoir. Il faut les couper régulièrement, sans quoi elles finissent par pousser vers le coussinet. Le geste s'apprend en deux minutes et votre vétérinaire vous le montrera volontiers. Pour le reste, alimentation, brossage, jeux : rien ne change.
Chez Hugcoon : Baguera PP 6666 et BoraBora PP 7766
Nous élevons des maine coons aux robes rares, smoke, shaded et shell, et la polydactylie est notre second fil rouge. Aribo PP, black smoke et polydactyle des quatre pattes, a ouvert la voie chez nous ; il est aujourd'hui à la retraite, et la relève est déjà nommée : Baguera PP 6666 et BoraBora PP 7766, nos deux futures reproductrices polydactyles, entreront en reproduction début 2027 — BoraBora porte vingt-six doigts, à deux du record du monde. Des chatons maine coon polydactyles naîtront donc à Nice : si vous cherchez un maine coon PP à Nice, un PP smoke ou un PP shaded, vous êtes à la source. Ils partiront comme tous nos chatons : testés, vaccinés, inscrits au LOOF, avec leur protocole santé complet, vers les familles de la région comme de toute la France (nous accompagnons les départs lointains).
Ce trait rare vous parle ? Notre liste d'attente est ouverte, et nos futures portées annoncent les mariages à venir. Précision utile : cette page raconte un trait génétique documenté ; pour toute question de santé sur votre chat, votre vétérinaire reste la bonne adresse.
Les questions des familles
Qu'est-ce qu'un maine coon polydactyle ?
Un maine coon né avec plus de doigts que les dix-huit habituels (cinq par patte avant, quatre par patte arrière). Les doigts supplémentaires poussent côté pouce et forment soit un pouce séparé (patte en moufle), soit un pied plus large (patte en raquette). C'est un trait génétique historique de la race, pas une maladie.
La polydactylie est-elle dangereuse pour le chat ?
Non. Les études vétérinaires menées sur des dizaines de maine coons polydactyles, radiographies à l'appui, concluent à l'absence de conséquence sur la santé et le bien-être : les membres sont normaux, la démarche aussi. Le seul entretien particulier concerne les griffes des doigts supplémentaires, à couper régulièrement.
Un maine coon polydactyle peut-il avoir un pedigree LOOF ?
Oui, un pedigree complet : la polydactylie n'empêche ni l'inscription au LOOF ni la reproduction. En exposition, le standard la classe en « refus de tout titre ». La TICA, elle, admet le Maine Coon Polydactyl en championnat depuis 2015.
Combien de doigts peut avoir un chat polydactyle ?
Souvent vingt à vingt-quatre, jusqu'à sept par patte. Le record du monde Guinness est de vingt-huit doigts, détenu par Jake (Canada) depuis 2002 et égalé par le chaton Toby (États-Unis) en 2025.
Pourquoi parle-t-on de « chats d'Hemingway » ?
Un capitaine de navire offrit à Ernest Hemingway une chatte blanche à six doigts, Snow White. Ses descendants vivent toujours dans la maison-musée de Key West : une soixantaine de chats, dont la moitié est polydactyle. Le surnom est resté pour tous les chats à doigts surnuméraires.
Que signifie « maine coon PP 6666 » dans une annonce ?
PP désigne un polydactyle des quatre pattes (P : souvent des pattes avant seulement), et les quatre chiffres comptent les doigts patte par patte — les deux premiers pour l'avant, les deux derniers pour l'arrière. Un chat ordinaire s'écrirait 5544 ; 6666 signifie six doigts à chaque patte, soit vingt-quatre en tout.
Aurez-vous des chatons maine coon polydactyles ?
Oui : Baguera PP 6666 et BoraBora PP 7766, nos deux futures reproductrices polydactyles, entrent en reproduction début 2027. Les premiers chatons maine coon polydactyles Hugcoon naîtront à Nice ; la liste d'attente est ouverte, pour la région comme pour toute la France.